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mardi 18 septembre 2012

L'effet Méryde

Qu'est ce qu'un Méryde ?

Les Mérydes sont les divinités mineures du monde des 12, une par jour.
Récemment, un temps bien spécial a été construit dans la plaine des Porkass pour vous permettre de leur rendre hommage.

Mais prier n'est pas tout !
Les Mérydes ont un véritable impact dans votre vie.
Chaque jour, le Méryde du jour octroiera des cadeaux au monde en influant sur vos butins, vos richesses, vos combats, voire votre santé !


Au temple, Theodoran Ax vous demandera de remettre une offrande chaque jour au Méryde concerné, et vous remettra, si vous vous montrez respectueux pendant 365 jours (pas forcément d'affilée) le Dolmanax, un Dofus qu'il a découvert.


Le temple des Mérydes est aussi l'occasion d'en apprendre un peu plus sur les joies du calendrier du monde des 12, en lisant les livres en libre-service dans son hall. 
Vous pourrez ainsi retrouver les protecteurs de mois, et apprendre ce qu'est exactement le Doziak et ses douze signes, dont nous reviendrons dans un prochain article.

En attendant, vous pouvez retrouver chaque jour les informations importantes sur le Méryde du jour et les prochains à venir sur l'Almanax en ligne et retrouver ceux que vous avez manqué sur le calendrier collaboratif  ! 

dimanche 24 janvier 2010

Le mot d'amour

Pour finir cette édition, une jolie pensée de Jean Reveu

Brassage chimique de quelques particules

Les mots forment la vie, pour peu qu’on les articule
C’est cet éternel mélange
Que par nos paroles nous faisons
Ou qui à la longueur de nos écrits change
Le sens de notre vie et de nos actions

Ainsi, moi, née Eni, petite fée pleine de vie,
Au fil des temps ai-je compris
Que les mots parfois si machinalement formulés
Sont en réalité lourds de secret

Un petit mot soignant pour guérir les maux de l’âme et du cœur
Un petit mot d’envol, une faribole, et je décolle
Un mot de reconstitution, hélas épuisant labeur
Un mot stimulant, vivifiant, en échange d’une simple parole

Magiciennes voyelles,
Aucune de vous n’est pareille
Et vous les consonnes,
Formez les sons qui raisonnent

Mot blessant, mot drainant,
De vous nous attendons tant
Mot interdit, par notre Déesse proscrit
Tous trois dansent comme un tourbillon infini

Hélas, délicieuse harmonie parfois menacée
Par des mots douloureux si mal prononcés
Un mot de frayeur pour repousser le malheur
Un mot d’altruisme certes, mais souvent j’en meurs

Une parole, un lapino incanté par habitude
Dommage que ce mot aux Eniripsas soit réservé
Venez tous invoquer notre mot d'amitié
Rassemblons nos cœurs, comblons la solitude

Mais… ? Les Dieux se seraient –ils fourvoyés ?
Ne manque-t-il pas le mot le plus doux ?
Le mot d’Amour je cherche en vain, je vous l’avoue
Pour envelopper d’un murmure mon prince tant aimé



Ludmilia - (Jean-Reveu)

dimanche 6 décembre 2009

A Durhian

Il est grand temps aujourd’hui de s’atteler à raconter une histoire d’amour qui se passe pour le mieux du monde. Un peu de bonheur, d’espoir, de joie enfin ! Un peu de rêve, d’aventure, d’histoire qui réchauffe le coeur, qui nous fait dire que tout ne va pas si mal.

Pour le reste, il y en a bien assez comme ça toute la journée autour de nous.

Cette histoire est la mienne. Je vis avec un homme depuis quelques temps que j’adore. Je précise que je suis une femme, une vrai de vrai, parfois chieuse (la seule chose qui me sauve est que j’en suis consciente et que je fais des efforts), romantique à souhait, peu coquette par contre, peu sûre d’elle aussi. Pas très agréable physiquement, plutôt intelligente, très ouverte, voila en quelques mots les caractéristiques qui me décrivent le mieux.

Mon homme c’est Dhurian. Nous nous sommes rencontrés à travers une passion commune, l’élevage, et nous sommes rapprochés peu à peu, jusqu’à ce que le « peu à peu » nous lie définitivement.
Je pense que c’est moi qui ai craqué la première.

Dhurian sans être un « beau gosse » a un physique agréable, est très intelligent, timide – juste assez pour faire craquer une fille mais pas trop pour tenir son rôle d’homme-, passionné, et déborde d’idées et d’imagination. Il est doux, tendre, pas nerveux, dit ce qu’il a à dire mais toujours de manière réfléchie, sans hausser le ton inutilement. J’appelle ça « une force tranquille », et c’est ça qui me rend dingue de lui. Il a des gouts et des loisirs assez semblables aux miens, ce qui nous rapproche davantage. C’était tout à fait le gendre d’homme que je recherchais depuis si longtemps. J’en étais rendue à me dire que je ne le rencontrerai jamais, et pourtant, j’ai eu ma chance. Et je ne l’ai pas laissée passer !

Je suis bien avec lui. Nous sommes toujours ensembles, faisons tout à deux, avons toujours un tas de trucs à nous dire. Mais je suis vigilante : je luis laisse sa liberté, je ne veux pas l’étouffer, même si une seconde sans lui est une seconde de perdue pour moi, pendant laquelle *forcement* rien de bien n’arrivera.

Mais j’ai lu au temple Eniripsa, chez les médecins, tous ces magazines pseudo-féminins qui prétendent que les hommes reprochent eux femmes leur manque de liberté. Je laisse donc à Dhurian tout le loisir de passer ses soirées où bon lui semble, au cas où ces magazines débiles auraient raison…

Et je me garde bien de lui dire que j’aimerais éperdument que ces soirées là, il les passe avec moi.

Mais place au Boufball, aux potes, aux chansons ou blagues grasses, aux raids agressifs sur la cité ennemie, aux bières et alcool coulant à flots. Il revient bourré ? Tant pis, tant qu’il ne salit pas trop les toilettes. Un mal au crâne le lendemain ? « Bien fait ! t’avais qu’à pas tant boire, t’avais qu’à pas y aller, gna gna gna… »

Non non, pas de ça justement. Enfin je le pense, mais surtout je le garde pour moi, d’autant plus s’il n’est pas dans son assiette. Je m’occupe de lui, le bichonne ou le laisse tranquille selon son souhait. C’est fou comme on devient sympa quand on est raide dingue de quelqu’un. Messieurs si vos nanas sont chiantes, c’est peut-être aussi parce qu’elles ne sont pas amoureuses en fait hein ? Mais non allez je plaisante !

Je ne refuse d’ailleurs presque jamais une invitation à ces soirées entre mecs où j’ai obtenu mon laissez-passer. Parfois je suis vraiment fatiguée, auquel cas il y va sans moi. Parfois il ne m’invite pas. Mais j’y vais le plus souvent, je m’intéresse à son monde à lui. Tout ça fait partie de lui, et me plait donc par définition. Il pourrait bouffer de la merde que ça me plairait de toute façon. Et j’apprends à aimer son univers, qui se révèle sympa contre toute attente. J’apprends même à apprécier les raids sauvages contre Bonta (oui nous sommes brakmariens), c’est pour dire ! Moi qui suis tout le contraire d’une fille agressive, j’aime me battre à ses côtés. Enfin soigner surtout, prendre soin de lui. Je connais toutes les règles du Boufball, et de toute façon j’aime tellement le sport que même le Bouf ne me dérange pas.
Donc je finis par regarder tous les matchs. Pour le moment j’échappe au stade, mais s’il le faut, je m’y mettrai aussi. J’ai juste la trouille des bagarres dans le stade, mais en y réfléchissant, cela me une raison de plus pour me blottir contre lui.

[Lui aussi fait le même effort, passe des heures avec moi dans les lieux pour pleurnicheuses romantiques (vous savez par exemple, la petite cascade du côté de la montagne des craqueleurs…). Il m’aide même aux enclos, et pourtant bizarrement c’est le seul moment où j’aimerais qu’il ne vienne pas, c’est un peu mon moment à moi, le moment ou je prends soin de mes « filles », de mes petites dindes, c’est mon jardin secret. Pourtant il ne loupe pas une fécondation ni une naissance !

Pour rentrer le soir à la maison, j’ai pas mal de trajet à faire, car mon lieu de travail se trouve au village des éleveurs à Otomai, et nous habitons au château. Je me dépêche d’aller à l’embarcadère pour prendre le bateau qui me ramène à Amakna , car nous nous retrouvons toujours sur place : facile, je prends toujours le même navire. On ne se parle pas forcément, et de toute façon il y a du monde et du bruit, ce n’est pas pratique. Mais il est là, et c’est ce qui compte. Même quand je ferme les yeux je le vois, je pense à lui tout le temps.

Bref, je ne vais pas écrire quinze pages pour dire que j’en suis raide dingue. Je n’écrirai pas non plus des centaines de lignes pour dire que c’est un sentiment qui certes me rend heureuse, mais qui m’effraye. Je connais bien les statistiques de ces magazines à la noix, vous savez, les mêmes que ceux cités plus haut, qui vous disent que 2 couples sur 3 divorcent, qu’on rencontre plein de monde ailleurs, et patati et patata. Magazines de merde écrits par des rédacteurs en chef en mal de passion qui cherchent à se rassurer en se disant qu’ils ne sont pas les seuls.

Foutez nous la paix avec vos magazines qui donnent des recettes du bonheur comme on écrirait des recettes de cuisine.

D’ailleurs, ces torchons ne passent pas l’entrée de chez moi, ça jamais ! Je préfère de loin les torchons de Brakmar qui prétendent à grand renfort de titres aguicheurs que le monde va s’effondrer si on ne bousille pas la moitié de la population bontarienne au plus vite.

Pour en revenir à Dhurian c’est sur que j’ai peur. Inutile de dire tout ce dont j’ai peur, la liste est bien trop longue. Mais si je devais résumer, je dirais que j’ai peur de ne pas être assez bien pour lui tout simplement. Je me vois bien dans un miroir : je ne suis pas jolie, je suis intelligente, certes, mais cela va-t-il suffire ? J’ai même peu d’avoir peur, car ces sentiments, même si je tente par tous les moyens de les cacher, transgresseront bientôt mes barrières de protection à un moment ou un autre, et se dévoilent au grand jour. La preuve, je les couche sur papier en ce moment même.

J’ai peur qu’il me quitte aussi, conséquence logique des quelques phrases du dessus. Je vous épargne le classique « je ne vivrai pas sans lui », éternelles phrases toutes faites qui n’ont aucun sens si on ne va pas au bout de ses idées. N’empêche que ce serait le drame. Oh si ça se produit, je n’irai pas au suicide, je n’irai pas non plus jusqu’à lui gâcher sa vie, genre lui jouer un remake des liaisons dangereuses. Non merci, ce n’est pas mon style.

Non moi je souffre en silence. Je suis très bonne comédienne, je ne sais même pas si mon entourage s’en rendrait compte. Peut-être tout au plus me verrait-on manger moins, signe annonciateur d’un pseudo régime pour garder une belle ligne.

Mais la souffrance silencieuse ronge, et détruit tout sur son passage, peu à peu. On n’exprime rien, on ne libère rien, on vivote tant bien que mal mais on ne s’en remet jamais. Pas d’éclats de larmes, pas de grands gestes désespérés. La vie est juste un peu plus fade chaque jour. Les gestes prennent de moins en moins de signification, les odeurs ne sentent plus rien, les couleurs sont pâles, les doux desserts sucrés sans saveur. Mais on continue à sourire, voire à rire même, histoire de rester sociable.

Enfin voila, tout ça pour dire que je pense à lui en permanence. Il est partout, je n’ai pas une seconde de répit. En tout cas, il est avec moi, et j’en profite. Puis si ça se trouve, je lui plais aussi beaucoup, en tout cas il évoque souvent le mot « harmonie » en parlant de nous. Rien que la consonance du mot raisonne comme un doux murmure pour moi.

Mais cette harmonie connait quelques heurts malgré tout. L’autre jour par exemple, je lui ai posé une question, et il m’a répondu froidement. J’ai eu l’impression d’avoir été taclée à la cheville et d’être tombée lourdement. Quand j’ai entendu sa réponse j’ai eu froid d’un coup. Je me suis arrêtée de respirer. J’ai eu une drôle de sensation à l’estomac, comme quand on monte une dragodinde qui s’affole et nous remue dans tous les sens.
Là je peux dire que j’ai eu peur. La véritable peur, de celle qui empêche de penser et de réfléchir. Je n’ai pas insisté, pour ne pas lui déplaire. Pour lui cet « incident » a du passer totalement inaperçu, mais pour moi il a déclenché une peur irrationnelle.

J’emploie le terme « irrationnel » car à la réflexion, cette peur n’a pas lieu d’être. Rien ne m’est arrivé, je ne suis pas en danger, pas de quoi s’étouffer parce que son homme a eu un instant de distance. Pourtant j’ai bien éprouvé un réel malaise. Mais il faut le taire à tout prix, faire en sorte que tout ça soit enfoui et ne plus y penser. Il y en a des choses d’ailleurs d’enfouies bien profond, vous n’imaginez même pas. Certains disent que tout ressort un jour. Si c’est le cas, pour moi l’addition sera lourde ce jour là. Moi je n’y crois pas, je pense qu’avec de la volonté, tout peut rester enterré pour toujours. Cela réclame juste un peu de discipline, mais c’est possible.

17h30. Je quitte mon enclos dans une demi-heure. J’ai tellement pensé à Dhurian toute la sainte journée que j’ai fait n’importe quoi : baffeurs à la place de caresseurs, des dindes non matures, et d’ailleurs je ne me souviens même plus si je les ai nourries….

Je vais encore me dépêcher de parcourir les quelques mètres qui me séparent du bateau ou je vais retrouver Dhurian. Je vais lui sourire, ne rien dire, fermer les yeux et penser à lui. Il m’accompagnera à la maison, rentrera avec moi. Nous dinerons, et ferons je- sais pas- quoi ce soir. Lire probablement. Regarder un match de Bouf au château peut-être aussi. Après nous irons nous coucher, s’il se passe quelque chose vous n’en saurez pas plus, mais quoiqu’il en soit je me blottirai dans ses bras et m’inonderait de sa chaleur.

Voila, récit banal d’une vie banale d’une personne banale.

Mais je l’aime ma vie comme ça, jour après jour. Elle me plait, je suis heureuse.

C’est juste qu’il faut je prenne un soin particulier à ne pas m’arracher à mes rêves. Parcourir très vite la distance qui sépare du navire pour s’asseoir et fermer les yeux le plus vite possible. C’est toujours un grand moment de soulagement pour moi, car il est bel et bien présent, à mes côtés. Lui parler en permanence et tout lui raconter, surtout le soir quand on rentre du boulot. Arriver à se concentrer sur son travail tout en gardant une pensée pour lui. Regarder les matchs de Boufball, car là je sais qu’il est présent. Faire la cuisine et les courses pour deux.

Oui il faut arriver à faire tout ça, sinon il part. Je sais que si je ne parviens pas à ces exercices quotidiens, il n’est plus là. Et quand il n’est plus là, je suis mal. Ce fameux mal enfoui, qui n’est censé jamais ne ressortir, et que Dhurian est en train de faire remonter à la surface inexorablement. C’est ça mon boulot à moi. C’est aussi mon pouvoir : faire en sorte qu’il soit toujours près de moi et pour toujours.

Pour le moment il est probablement auprès de sa femme et ne pense pas une seconde à mon insignifiante et pathétique existence.

Peu importe, moi je rêve. Et dans mon monde imaginaire, il ne me quitte plus. Dans mon monde, il n'est pas marié, et vit avec moi. Dans mon monde j'ai osé lui dire que je l'aimais. Dans mon monde il m'aime aussi.

Dans le votre il m'ignore, tout au plus sait-il que j'existe, au mieux m'apprécie t-il juste un peu.

Alors gardez-le votre monde pourri, j'en veux pas.

Inutile de me dire que tous ces rêves ne sont que des fantasmes, qu'il faut reprendre pied et revenir à la réalité, que des hommes il y en a d'autres; je le sais tout ça…Je me rends bien compte que je suis folle, dans les rares moments ou je suis soustraite à mes rêves, ces rares moments au cours desquels la conscience me crache au visage une réalité sans lui.

Tout ce qui compte est que je ne perde pas la connexion avec lui, à aucune moment, jamais.

Elle me plait cette vie, je suis heureuse.

Enfin je crois...

Jean-Reveu

Histoire d’Argath : la malédiction des terres glacées

Partie I : l’étoffe d’Isaël

« Venez, regardez donc, approchez vous, admirez les magnifiques étoffes nouvellement arrivées ! » harangua un commerçant au détour d’une ruelle.
« Par ici, par ici ! Des milliers d’étoffes Firefoux pas chères !! » Hurlait- un autre

C’est jour de la célèbre foire aux étoffes aujourd’hui à Argath. La foule est au rendez-vous, les ruelles sont quasiment impraticables. Tandis que je me promène et jette vaguement un coup d’œil aux étalages des marchands, mon regard est attiré par une magnifique pièce, l’étoffe du Maître Pandore. Son propriétaire, ayant compris mon intérêt, sort de derrière son étalage et s’avance vers moi.
« Mon ptit m’sieur, ça c’est d’la belle, de la pure étoffe de Maître Pandore ! Il s’insèrera divinement bien dans votre anneau. Je vous en fais un bon prix ! »
« Dites pour voir ? »
« A peine 5 petits millions de kamas petit !! Et puisque vous êtes jeune, je vous la cède à 4.5 millions, mais uniquement pour vous !! »
Je lui souris et fit mine de reprendre ma route
« Attendez mon ptit m’sieur, 4 millions, mais pas plus bas hein!! »
« Non merci, je n’ai pas les moyens, au revoir Monsieur ! » Et je poursuivis ma route

Tout en marchant, je songeais : 4 millions… sale voleur, profiteur, radin… A croire que la leçon ne leur a pas servi…

La malédiction d’Isael

Autrefois, il y a fort longtemps, naquit Isaël, disciple de Iop.
Jeune, courageux, robuste, il vivait isolé avec sa mère dans le dénuement le plus total, quelque part à dans les grands champs de la bourgade de Bremingan. Pauvres mais heureux, tous deux cultivaient et vendaient de la laine pour subsister. Mais un jour la vieille femme tomba malade et mourut. Isaël se retrouva seul, quitta sa cabane et décida de tenter sa chance en tant que vendeur de laine à Argath.

Nous nous situons sous une ère prospère pour la grande cité d’Argath, bien avant l’époque des guères opposant bontariens et brakmariens. Les Dieux avaient doté la cité d’Argath, dite « la Grande » d’abondantes ressources. L’ordre de la Hanse d’Argent venait tout juste d’être crée et y régnait en maître. Des milliers de pauvres pécheurs affluaient à la recherche de poissons rares. Puis ce fut au tour des tailleurs, des boulangers, et en fin de compte, des artisans de toute sorte de venir s’y installer et faire fortune. De somptueux navires des ports du monde entier ne manquaient jamais d’accoster ici. Les Dieux favorisaient largement la prospérité de la Grande, mais avaient émis une condition, une seule, aux habitants : que personne, même étranger, ne connaisse la misère.

Seulement voilà… quelques générations plus tard, ce « petit » détail fut oublié.

Après des semaines de marche harassante, Isaël parvint enfin aux portes de la Cité. Empli d’espoir, de courage et de rêves, il espérait bien y faire sa place et fonder une famille. Cependant, il fut rapidement rattrapé par les tristes réalités.
Les Habitants d’Argath étaient obnubilés par le profit et la puissance. L’argent coulait à flots, les conflits faisaient rage, les guères menaçaient d’éclater à tout moment. Loin d’être un rêve, la Grande était une prison dorée, repliée sur sa haine, son orgueil et sa soif de pouvoir.

Isaël parvint néanmoins à vendre quelques laines, assez pour prendre un repas quotidien, mais pas suffisamment pour trouver une habitation, même modeste. Il dormait donc le plus souvent sous un vieux pont.

Une année, Argath connut un hiver particulièrement rigoureux. La neige abondait, et les températures chutaient de manière vertigineuse. La nuit, Isaël affrontait un froid glacial, humide, qui pénétrait la moindre parcelle de son corps et lui coupait le souffle. Le quatrième jour, il tomba gravement malade, prit d’une forte fièvre. Il sentait peu à peu ses dernières forces l’abandonner.
Il était certain de mourir de froid très prochainement. Mais sa volonté de vivre prit l’ascendant. Muni de tout le courage dont il disposait encore, Isaël décida de demander la charité aux habitants. Il se leva, et se dirigea vers les luxurieuses maisons qui trônaient au centre de la Cité. « Il y aura bien quelqu’un pour m’offrir l’hospitalité, un repas ou ne serait-ce qu’une étoffe pour me tenir chaud » espérait-il. Malgré la honte qui le submergeait, il n’avait pas d’autre choix que de tenter sa chance.

Il tambourina la porte d’une première maison et attendit. La porte s’ouvrit, faisant place à un marchand richement vêtu.

« S’il vous plait monsieur, commença Isael, je n’ai rien mangé depuis 2 jours et je ne sais pas où dormir. Si vous pouviez m’offrir un repas, ou ne serait-ce qu’une étoffe pour me réchauffer… il fait si froid, si froid…. »
Isaël s’emmitoufla avec ses quelques loques.
« Par pitié », ses lèvres avaient peine à s’entrouvrir « aidez-moi »
Le visage du marchand se tordit de rage
« Quelle honte ! Des mendiants à Argath !! Et l’Ordre de la Hanse d’Argent qui ne fait rien ! ». Il claqua la porte.

Déçu, Isaël tenta une seconde fois sa chance. Cette fois, ce fut une jeune femme qui ouvrit.
« C ‘est pour quoi ? » demanda t-elle
« Je vous en prie, Madame, j’ai tellement froid, je cherche un peu de nourriture, un coin chaud ou une étoffe pour me couvrir »
« Une étoffe, et quoi encore ! Comment osez-vous importuner d’honnêtes gens ! Dehors ! »
« Oh madame, je vous en …. »
La porte se referma violemment.
Isaël poursuivit ses efforts.
« Une étoffe ! lui répondit-on plus loin, vous avez une idée du prix ? Allez donc travailler ! »
« Mais je trav… ».
Vlan ! Encore le bruit d’une porte qui se referme…

Las, Isael s’assit un moment.
Les bruits devenaient sourds. Ni la faim ni le froid ne se faisait plus sentir. Il ressentait maintenant une bienfaitrice envie de dormir, d’un repos réparateur et éternel.

Exténué, il ferma les yeux, et se sentit partir, loin.. loin….

Puis il entendit une voix au plus profond de son âme : « Par l’avarice des hommes, ton heure est bientôt venue Isael »

Puisant dans ses dernières forces, Isael reprit conscience. Cette voix lui était familière, lui rappelant une bienfaisante douceur protectrice. Cette voix était également celle qu’il entendait lors de ses nombreuses prières au temple de son Dieu.
« Iop ??? »Isaël ouvrit les yeux mais ne vit personne.
« Ils sont oublié Isael. Eux ont oublié, mais moi non. Tu vas mourir de froid Isael, mais j’ai encore besoin de toi. Par ta voix seront relayées ma justice et ma colère. Tu dois leur dire Isael, tu dois leur rappeler leur promesse et leur fourberie. Il est grand temps que le peuple paye ses dettes. »
« Mais je leur dis quoi ? je n’ai plus de force.. pitié, laissez moi m’en aller.. »
« Lève-toi ! » Commanda la voix. « Je parlerai à travers toi, debout ! ».

Alors Isaêl se leva, se dirigea vers la place principale, et harangua la foule.

« Je vais mourir de froid ce soir ! N’y a t-il personne pour m’aider ? Vous vendez des milliers d’étoffes et n’avez pas le cœur d’en offrir une ? »

Les habitants, intrigués, sortirent de chez eux.
"Que l'on fasse taire ce mendiant" criait l’un.
« Chassez-le de la Cité » fit échos un second.

«Vous avez oublié la condition ! Vous trahissez les Dieux qui vous ont couvert de richesses ! »

« La condition ? Un conte pour enfants » hurla une femme. « Vous comptez nous faire peur avec ça ! Pauvre imbécile ».

La foule éclata de rire

Isaël poursuivit : « Marchands sans pitié, vous avez sombré dans l’avarice. Les Dieux ne l’entendent pas ainsi ! Vous ne savez pas ce que c’est d’avoir si froid ! Oh non vous ne savez pas ! Mais un jour vous apprendrez, ça oui, Iop vous le dit. Il est temps de régler les comptes avec vos Dieux. »


« Hahaha et toi tu vas savoir ce que c’est que de ternir la réputation d’Argath ! T’as faim ? Tiens prend ça, chien ! ». La femme qui venait de parler jeta un bout de pain rassis à la tête du jeune homme. Puis des cailloux furent lancés dans sa direction.

Imperturbable Isaël continua :

« Que le froid recouvre Argath pour l’éternité ! Que la glace recouvre les maisons, que les habitants restent emprisonnés chez eux ! Que les ponts soient détruits, que la mer aux abords de la Cité soit déchaînée ! Seuls, isolés à jamais vous resterez ! Et priez pour qu’un étranger vous donne une étoffe, car ce jour là, et seulement ce jour là, la malédiction sera levée !

Isaël à bout de force, s’arrêta, tituba un peu, s’écroula et ne se releva jamais plus. Il mourut de froid.

Les Dieux n’oublient jamais.. .
Le lendemain, les marchands étrangers, déjà en route vers la Grande, furent très surpris de devoir traverser des plaines peuplées de Gelées. Malgré tout, parvenus jusqu’à la cité, ils ne purent atteindre les lourdes portes. Les ponts avaient disparu. Ils découvrirent un autre spectacle, médusés : au loin ils aperçurent les toits des maisons recouverts de glace. Et loin d’entendre le brouhaha habituel, un silence assourdissant régnait sur la ville. Les ruelles étaient recouvertes d’un épais manteau neigeux, la mer aux abords de la grande était en furie. Ils firent demi-tour.

La nouvelle se répandit vite et depuis, et même après des dizaines d’années, plus un étranger n’entreprit le voyage vers Argath.

Jean Reveu

lundi 30 novembre 2009

La Porte (Chap. 3)

Vous le savez bien, pour être à la mode il faut faire des trilogies. Voici donc la suite et fin de cette aventure. Méfiez vous des portes, et n'ouvrez pas à n'importe qui!


Chapitre 3


J’ai 37 ans.

Je suis rongée par l’alcool.

Je n’ai plus aucun but, je ne pense à rien, je ne sors plus, sauf pour m’approvisionner. Je ne fais plus rien.

Ah si, je bois. Je bois tellement que je pourrais me noyer dans un verre d’eau.

Les journées passent, voilà c’est tout. Elles passent, passent, passent, depuis 7 ans.. 7 ans, et autant de jours, autant de nuits.

Je n’ai même pas la force de me supprimer, d’abréger celà… risible…

Quelle ironie… Car là j’aimerais bien que la forme blanche, le grand maigre, me prenne la main et m’emporte… Bien sur, ça ne fonctionne pas comme ça. Pas sur demande en tout cas, j’ai pu le constater.

Bon faisons un petit calcul : j’ai 37 ans, l’espérance de vie d’une éniripsa est de 90 ans, il me reste… un paquet de journées à boire.

Remarquez, la boisson va faire fondre ma durée probable d’existence… et c’est tant mieux.

Crever à petit feu, en ressassant leurs morts, en imaginant la vie que j’aurais pu avoir. Super programme hein…

J’ai du en faire des saletés pour mériter ça… mais dans une autre vie, parce que pour être parfaitement honnête, dans celle-là, je ne comprends pas quelle est la faute que je paye si lourdement.

Enfin voila. Bon on va peut-être pas épiloguer sur ma vie actuelle, hein, elle est tellement pathétique…

Donc maintenant, on met quoi ?... « Fin de l’histoire, merci d’avoir suivi ma vie génialement trépidante» ?

Si, j’ajoute une chose : si j’avais ne serait-ce qu’un regret à formuler, c’est l’absence d’enfants dans ma vie. 3 beaux enfants, 2 garçons et une fille, oui voila. 2 solides gaillards pour s’occuper de leur petite sœur. J’ai toujours imaginé les éclats de rire, les disputes, toute cette vie autour de moi.

« Toute cette vie autour de moi »… Voila une idée encore pathétique non ? Quand je pense que je n’ai même pas de familier…

Ah tiens ! C’est moi ou ça cogne à la porte ?

Ah oui en effet, j’ai bien l’impression que ça cogne. Comme s’il restait quelqu’un pour savoir que j’existe…

Evidemment non, donc j’ai du rêver. Enfin rêver, disons halluciner. L’alcool.

Ou pas…parce que là ça vient *vraiment* de gratter et de cogner contre la porte…

La porte s’ouvre.

C’est Elle.

Stupeur.

Il suffit donc d’y penser et elle vient ? Probablement pas, ça fait depuis 7 ans que je songe à en finir. Mais aujourd’hui plus qu’avant.

Et elle est là.

Toujours ce halot de lumière éblouissant, toujours cette forme encapuchonnée.

Oui, pas de doute, c’est bien elle. Elle que j’attends depuis 7 longues année.

Et cette fois, ça y est, elle est bien là. Et tout va finir comme ça pour moi aussi.

Je la regarde, et j’attends. Je ne sais pas ce que j’attends… Un geste, un ordre de sa part sans doute. *

Mais rien ne vient, elle ne bouge pas.

Mais bon, j’ai l’habitude, j’ai déjà vu mes parents et Thorkan faire.

Je m’avance donc vers elle. Il parait qu’on voit défiler sa vie dans ces moments-là. Hé bien, soit c’est un mythe, soit ça ne fonctionne pas pour tout le monde, car moi je ne vois rien. Ou alors n’y ai-je pas le droit…

Dite, est-ce que c’est douloureux ? Ca par contre, ça m’ennuierait, je suis douillette. M’enfin bon, ça ne peut pas durer bien longtemps, au pire, n’est-ce pas ?

Voila, tout finit comme ça. Une dernière pensée pour Thorkan, pour mes parents. Un dernier regard vers la lumière.

Je tends la main. J’avance à sa hauteur.

Elle se saisit de ma main, et je sens une décharge qui provoque une telle douleur que j’en suffoque.

Mince c’est donc douloureux !!

Alors même la fin est donc à chier ? Super…

Là ça fait toujours mal. Ca va durer combien de temps ? J’ai l’impression d’avoir mes membres totalement paralysés. J’ai mal au ventre, comme si l’on m’arrachait les entrailles.

Pitié, vite, que cela cesse… Pitié…

La forme me lâche la main. Je n’ai pas bougé de la pièce, de mon salon.

Bah alors, ça vient ? Faut –il vraiment se faire torturer ? J’ai mal au ventre… si mal…

La forme me fixe. Elle pointe son bras vers moi, puis le descend doucement, doucement, comme si elle dessinait les courbes de mon corps pour s’arrêter sur mon ventre…

Bon oui, quoi ? Pitié, pourrait –on ABREGER ????

Je n’en peux plus. Je suis à bout.

La forme remue les lèvres…

Je n’entends pas, mais je comprends pourtant.

« Un pour Un… »

Le halo de lumière disparait brutalement, la porte se referme.

Je suis toujours là, dans mon salon, évanouie, vidée de mes forces.

Je suis enceinte.


Epilogue

J’ai 76 ans.

J’ai des triplés, 2 garçons et une fille.

Ils sont là aujourd’hui, dans notre maison familiale. Ma fille est enceinte et est sur le point d’accoucher. Nous avons vécu une véritable vie de famille tous les 4, celle dont j’ai si souvent rêvée.

Si Thorkan avait pu être là…

Ma fille se met à hurler… elle se plie en deux, sous l’effet des contractions. Elle crie avoir perdu les eaux. Son mari, présent également, panique. Ca me fait sourire, pauvre futur papa^^

On cogne à la porte. Ah oui, on avait appelé un médecin, car elle avait eu des contractions un peu plus tôt ce matin.

La porte s’ouvre

Ma fille hurle derrière, il faut l’amener à l’hôpital.

Curieux, je suis la seule à avoir entendu cogner à la porte ? Enfin il est normal que tout le monde s’affère auprès de ma puce.

Un halot de lumière se forme

Ah…

Et cette fois, je comprends.

C’est bizarre, c’est maintenant que tout prend un sens à mes yeux. C’est maintenant que je comprends.

La forme.. mes parents, Thorkan..Ma fille.

Le bébé

Un pour Un.

Je lui tends la main en souriant.

dimanche 22 novembre 2009

La Porte (Chap. 2)

(Chapitre 1 ici)
Chapitre 2

J’ai 29 ans.

Ce soir je fête mes 30 ans. Aie, ça y est, la dizaine va être franchie, j’angoisse un peu… Angoisse purement symbolique d’ailleurs, car je ne vais pas me réveiller demain matin pleine de rides et de cheveux blancs.
Mais j’ai beau le savoir, j’avoue que ce cap me dérange. Et l’une des raisons est cette fameuse horloge biologique qui tourne, annonçant l’inexorable moment ou vous ne pourrez plus avoir d’enfants, sans que cela ne représente un réel danger.

Mais bon, raisonnons-nous, même à 30 ans, j’ai encore pas mal de temps pour penser aux enfants.

D’autant plus que… j’ai trouvé mon homme ! Ouaip, je sais, j’ai du bol, j’ai trouvé le bon !! Héhé !

Il s’appelle Thorkan, est intelligent, imaginatif, adorable, patient, ce qui est bien nécessaire avec moi d’ailleurs. J’adore son physique aussi, légèrement enrobé, c’est tout doux au toucher. Et en plus, comme ça, il ne peut rien dire si je prends quelques kilos, héhé ^^
Il ne se voit pas encore père, ce qui ne me dérange pas encore, je lui laisse le temps de s’habituer à cette idée. Bien entendu je lui ai parlé de mon désir d’enfant, mais sans le presser. Inutile de lui faire peur, je laisse l’idée faire son chemin dans son esprit.

On s’entend bien, nous aimons les mêmes choses, nous sommes sur la même longueur d’ondes, malgré les orages. Mais ces orages ne me font pas peur, car ni lui ni moi ne haussons le ton. Je déteste les gens qui s’expriment en hurlant. Lui non, il dit ce qu’il a à dire, mais sans violence. Alors bon, je fais un peu la tête, mais nous finissons vite par en rire.

Ce soir, nous fêtons mes 30 ans, avec tous nos amis. Enfin du moins les siens, je n’en ai pas tant que ça de mon côté. La disparition précoce de mes parents m’a quelque peu enfermée dans une certaine solitude.
Mais j’aime bien ses amis, ils sont sympas. Et tant pis pour moi si à chacune de leur visite, tous nos stocks de nourriture et de boisson (surtout ?) y passent. Enfin au moins on s’éclate bien.

Ah, voilà, ça toque.

La porte s’ouvre.

Nos amis entrent *pas vraiment discrètement* en braillant un « JOYEUX ANNIVERSAAAAAAAAAAAAIIIREEE » mi hurlé-mi chanté, et en me tendant un immense –et magnifique !- bouquet de fleurs.
Thorkan se précipite vers eux pour les accueillir, et moi je suis assaillie de gens essayant d’atteindre mes joues pour me coller des bises.
Des « joyeux anniversaires, alors ça y est t’es vieille, ça fait quoi d’avoir 30 ans ?… », j’en ai entendu au moins 100 fois en quelques secondes. Sachant qu’ils sont une vingtaine, ça fait 5 fois chacun en moyenne. Et à la réflexion, je n’exagère même pas !

Allez hop, on stoppe les embrassades, c’est pas tout, mais j’ai faim et soif, et la bonne humeur de cette populace fraichement débarquée me contamine.

Je vous passe les blagues salaces, les chansons cochonnes, les anecdotes entendues au moins 1 000 fois – et à raison de 20 personnes, comptez vous-même la moyenne- mais toujours très drôles, les verres cassés…
Je vous passe le nombre de fois ou Thorkan s’est levé pour aller chercher des bouteilles. On nous aurait surnommé les « entonnoirs » ce soir, ça ne m’aurait pas étonnée.
Quelle fête géniale ! Mais je ne dis pas cela uniquement à cause de l’alcool hein^^

Bon c’est pas tout, mais il est 4h du mat’. Certains resteront chez nous pour coucher, d’autres n’habitent pas très loin et ne risquent rien, selon notre jugement *très* avisé à cet instant précis. Mais nous avons eu de la chance, il n’est effectivement rien arrivé. Les plus ivres ont couché dans le salon et sont repartis au réveil… C'est-à-dire… en fin d’après midi suivante quoi.

Moi je me lève un peu plus tôt, et entreprends de ranger la maison. Par Eniripsa, toutes ces bouteilles vides, et tous ces cartons de nourriture, de diou, ah ouai quand même…Héhé !!

Mais ce fut super sympa, finalement, ça m’aura fait oublier qu’aujourd’hui j’ai…

Mince, 30 ans !

Cette pensée me fait courir plus que de raison vers un miroir.
De face, de profil, de dos… Bon en effet rien n’a changé. Peut-être bien un cheveu de couleur bizarre là non ? Ah heu… je n’ai rien dis, il a plus la couleur de la sauce renversée que la couleur blanche…

Après une bonne douche qui me remet les idées en place, je finis de ranger la maison. Le reste des dormeurs se lèvent, et nos amis prennent congés. C’était super, ils reviendront !
Enfin… si on les réinvite gniark gniark…
Mais ouiiiiiiii, on les réinvitera, et volontiers même.

Thorkan me regarde en souriant, les traits cernés de fatigue. Il m’enlace et me flatte d’un « tu es magnifique, même à 30 ans » et affiche un sourire moqueur. Au moins, il m’aime encore^^. Nous sommes dans la cuisine et toujours enlacés. Nos yeux se croisent et il me sourit.

Et là j’ai eu le droit à une tirade dont je me souviendrai toute ma vie.

Il n’a pas fêté que mes 30 ans hier soir.

Il a fêté le fait d’être en vie.

J’étais un peu étonnée d’entendre cela, car oui, bien entendu, nous avons la chance d’être en vie, il aurait pu nous arriver n’importe quoi, mais je trouve étonnant de le fêter, même si on devrait d’ailleurs ! Mais de là à y penser…

Mais lui y avait pensé, et pour une bonne raison : il est malade.

Il ne m’en a jamais rien dit, pour ne pas m’inquiéter. Mais heureusement, ce n’est pas une maladie incurable, seulement nos prochains mois risquent d’être assez pénibles. Nous allons en passer des heures au Temple des urgentistes…

Après le choc et l’effondrement de la nouvelle et de la brutalité avec laquelle il m’avait annoncé les choses, je me ressaisis. Nous en parlons beaucoup, je veux comprendre de quoi il souffre. Et nous ferons face… A deux. Il ne restera pas seul une minute, à ça non je vous le jure… Surtout pas dans ces moments là.

Et effectivement, nous faisons face.

Son état est stable, les docteurs se montrent rassurant, car s’il avait du arriver quelque chose, son état se serait empiré.
C’est le principal.
Après tant pis pour les allers –retours, les projets remis…on verra ça quand tout ira mieux.
Tiens d’ailleurs à propos de projet, je profite de son état de faiblesse pour sournoisement lui reparler d’enfants. Pas très sympa, je lui accorde^^ Mais pour une fois, il ne dit pas non. Il me laisse même entrevoir un espoir, quand tout cela sera fini.

Il doit se faire opérer. Tout se passe plutôt bien, il passe 2 semaines en observation.

Après ce laps de temps, nous rentrons à la maison.
Il est faible, très fatigué, mais c’est normal nous a t-on dit.
Une semaine, 2 semaines, 3 semaines…
Il est toujours aussi fatigué, mais c’est normal parait-il. Quand même, je trouve cela un peu bizarre, tout ce temps de convalescence. Mais bon les médecins connaissent leur boulot, moi je n’entends rien à la médecine.

Que j’ai hâte qu’il se remette sur pieds, je n’ai pas oublié la «promesse » !

4eme semaine : il est de plus en plus fatigué. Nous retournons à l’hôpital, mais les médecins ne trouvent rien d’anormal. Il en a passé pourtant des batteries d’analyses. Je leur fais confiance, mais je suis à moitié rassurée.

L’autre moitié, elle, a vraiment la trouille.

5eme semaine : il va de plus en plus mal. Cette fois nous n’allons pas à l’hôpital, car « rien » ne s’est vraiment passé, il n’a pas perdu connaissance, n’a pas mal. Mais je le trouve tellement pâle et maigre que je refais venir un médecin. Ca ne servira peut-être à rien, mais ça me rassure.

Je m’occupe les mains avec de la vaisselle à faire, surtout pour m’occuper l’esprit. Nous attendons le médecin.

Thorkan dort, tant mieux, je préfère qu’il se repose. Il est long ce médecin.

Ah, non, ça y est, un grattement à la porte, puis un bruit de coup.

J’arrive, j’arrive, j’ai les mains dans le liquide vaisselle !!!

Mais le médecin m’a devancée.

La porte s’ouvre.

Elle est là.

La même, entourée de son halot de lumière.

Blanche, maigre, immobile, la main tendue. Non vers moi, mais vers l’arrière du salon.
Je ne resse
ns rien. Mais absolument rien. Rien, rien, rien. Ni peur, ni panique, ni tristesse, ni choc. Non rien, rien, rien…Vraiment rien.

Je me tourne lentement, Thorkhan est debout derrière moi, le regard vide.

Il avance vers la main tendue.

Alors la NON !!!!!!!!!!!!

Je n’ai rien pu faire à 9 ans, mais cette fois, ce serait différent !!
Je ne LA laisserai pas me prendre Thorkhan. Et si je n’ai pas eu la force de résister il y a 21 ans, cette fois, je l’aurais, car j’ai déjà vécu cela, je sais comment réagir, je ne subis plus l’effet de surprise…

Je fonce sur la porte, et à mon grand soulagement, je ne suis pas paralysée cette fois.
Au contraire, j’ai l’impression de bouger avec une rapidité et une aisance, une rage même hors du commun.

Je le savais, j’ai suffisamment de force pour lutter !!

Je cours à toute vitesse, je vais l’avoir, la foutre dehors, la pousser de toutes mes forces… Oui je me sens forte, résistante, pour Thorkhan, pour moi, pour tout…

Je cours, j’accélère.

Toute magique que soit cette forme, ou disons « extra-ordinaire » dans le sens propre du terme, elle n’en est pas moins visiblement matérielle. Elle peut bruler, elle peut s’écrouler, elle peut succomber sous le choc d’un coup non ? Oui un coup, et tant pis si je la blesse mortellement cette forme, fallait pas venir nous chercher, nous n’avons rien demandé nous !

Je cours toujours, de plus en plus vite, la haine au ventre, une détermination que je n’avais jamais ressentie.

Je cours maintenant au maximum de mes possibilités. Oui, cette fois, je gagnerai !

Et je réalise…

Que cela fait des minutes entières que je cours vers la porte, alors que je suis à côté.

Cela fait des minutes que je cours….sur place

Le halo s’intensifie

Thorkhan franchit le seuil, sa main entrelaçant celle de la forme.

Le halo de lumière disparait brutalement, la porte se referme.

Je suis seule…

lundi 16 novembre 2009

La Porte

Voici le début d'une trilogie, car c'est bien connu, tout est mieux par lot de 3! Jean Reveu vous sert une histoire digne d'Halouine.

Chapitre 1

J’ai 9 ans.

Je vis chez mes parents que j’adore. Je suis fille unique, choyée mais pas gâtée. Nous habitons une petite maisonnette, coquettement meublée, entourée d’un jardin dont je prends minutieusement soin, ce qui me vaut de tâcher ou déchirer tous mes vêtements à une allure folle.

J’allais au Temple apprendre mes leçons, mais n’étais pas particulièrement assidue aux cours dispensés. Je passais mes heures assises, ou plutôt emprisonnée, à imaginer des histoires, à voyager… je laissais mon esprit vagabonder sans aucune pudeur. Bien entendu, les punitions pleuvaient, mais qu’importe, j’avais passé une bonne journée.

Rien ne peut nous arriver.
Mes parents sont jeunes et en bonne santé. Nous ne sommes ni riches ni pauvres, et mon père, engagé dans la milice, est quasi certain de ne pas perdre son emploi.

Pourtant je sens mes parents soucieux depuis quelques temps. Ils s’agitent, envoient des messages un peu partout, mais à qui, je ne le sais pas. Ils me parlent de mon avenir, m’instruisent sur les questions d’argent – faire attention, économiser, ne pas faire confiance à n’importe qui-. Mais même si cela peut paraitre tout à fait normal, je trouve leur insistance oppressante. J’ai l’impression qu’ils « règlent » des affaires… comme si l’on devait partir…

Je n’ai que 9 ans, mais ces choses là, je les ressens. J’ai tellement l’habitude que mon monde tourne sans heurts, qu’à la moindre accroche, je m’imagine tout un tas de choses catastrophiques.

Il faut vraiment que j’en ai le cœur net. Je suis pressée de savoir à quoi est due toute cette agitation. L’hypothèse d’un déménagement me fait peur, je ne veux pas perdre mes amis, ni ma petite maison que j’aime tant, ni mon petit jardin chéri.
Lorsque je leur pose la question, mes parents sont visiblement surpris. Les adultes ont souvent tendance à penser que les enfants ne ressentent rien, alors que c’est tout le contraire. Notre esprit se focalise sur la moindre ombre pouvant altérer une vie faite de bonheur et d’amour.

Après la surprise vient l’explication. Je suis visiblement assez grande pour comprendre, et quoiqu’il en soit il faut me préparer.

Nous partons en effet.

Loin, oui, probablement. Reviendrons-nous ici ? Moi peut-être, mes parents non, et c’était une chose apparemment acquise. Il y avait –il une raison particulière à ce déménagement ? Là par contre, rien, silence... pas de réponse... Je ne sais pas si c’est mon père ou ma mère qui avait murmuré un « c’est comme ça, on n’y peut rien ».

Bon, puisqu’apparemment les pleurs, cris, négociations sont impossibles, je ferai mes adieux à mes amis et je suivrai mes parents dans une nouvelle vie…
Mince, je n’aurais même pas une petite boîte de bonbons pour me consoler pour la peine ! Pourtant, d’habitude mes pleurs fonctionnaient, et d’ailleurs mes dents cariées ne me remerciaient pas.

Tant pis, je ne dois pas être la seule à le vivre après tout… Un déménagement, ce n’est pas si grave au fond. Et puis des amis, on s’en fait partout non ?

Quelques jours plus tard mes parents emballent les affaires. Je les aide, et nous transformons d’ailleurs cela en jeu. Le but : jeter un maximum de choses inutiles. Je balance tout à la poubelle ou au feu, et cela m’amuse beaucoup ! Finalement, tout ne va pas si mal.

Voila c’est le grand soir.

Je sens mes parents particulièrement… tendus ? Non, tristes. Oui c’est ça, tristes.
Mon père, pourtant vigoureux, se déplace lentement, tête inclinée, les yeux cernés. Ma mère pleure à chaudes larmes. Je sens que c’est à mon tour de les consoler cette fois, car pour moi, ce déménagement est devenu une curiosité…
Je suis excitée à l’idée de connaitre ma future maison, mon nouveau mode de vie. Alors je prends mes parents dans mes bras et les rassure : « on va être heureux dans notre nouvelle maison, elle sera super, et moi j’aurai des nouveaux amis, je n’ai plus peur ! ». Ma mère me regarde, me sourit tristement, me prend dans ses bras, et me répond : « non il ne faut pas avoir peur. C’est comme ça, on y peut rien, la vie continue… ».
Bizarre ces adultes qui pleurent, alors qu’eux même m’ont convaincue que tout finirait par redevenir presque comme avant.

Après le repas, nous nous asseyons.
Curieux détail, on devrait s’agiter, courir partout, emballer les dernières affaires.
Mais non, nous nous asseyons et attendons… les déménageurs ?

Un grattement à la porte.

Puis un bruit sourd, suivi à nouveau d’un grattement.

Ma mère hoquette, mon père tend ses muscles, comme s’il tendait un arc prêt à décocher une flèche.
Les déménageurs arrivent, ça y est ! Moi je suis muette d’excitation, les yeux écarquillés vers la porte.

La porte s’ouvre.

Un halo de lumière se forme et m’éblouie totalement.

Je frotte mes yeux, mais continue à regarder en direction du bruit. Au fur et à mesure que mes yeux s’accoutument à cette soudaine clarté, j’entrevois une forme blanche, encapuchonnée. Cette forme est plutôt grande, très grande même, immobile.

Elle reste sur le pas de la porte.

Elle tend le bras vers nous.

Je commence à la distinguer. Bizarre, on dirait un homme tout maigre. Ah dit donc oui, à bien regarder, quelle maigreur ! Peut-être n’a-t-il plus sa mère pour lui faire le fameux steack de dragodinde à sauce grasse. Bon et c’est ça qui va nous aider à déménager ? Et pourquoi cet accoutrement ? Ben c’est pas gagné en tout cas ! Là je suis un peu déçue quand même.

Mes parents se lèvent alors. Je fais de même. Me mère me regarde, éclate en sanglots et me murmure des mots que je ne comprends pas. Elle pleurait si fort, que ses phrases devenaient inaudibles. Bah maman, allez, certes nous quittons la maison, mais je viens de t’expliquer que ce n’est pas si grave !
Mon père s’approche de moi et m’embrasse tendrement. Ce fut un peu différent pour lui, je saisis une phrase : « ta tante va arriver ». C’est tout. Hihi ma tante, elle est costaud comme un homme, pas étonnant qu’il ait fait appel sa force.

Ils se dirigent vers la forme. Je fais de même.

Ils arrivent à la hauteur de la forme.

Elle tend une main vers moi pour m’arrêter. Bizarre, je me sens figée. Oui tiens, je n’arrive plus à bouger. Mais … Hé ho, je n’arrive plus à parler non plus !!

Papa, maman, que se passe t-il, je ne peux plus rien faire !!

Mes parents me regardent, et cette fois un sentiment de terreur glace mon sang… je suffoque.. Papa, maman, qu’il y a-t-il ? C’est quoi cette forme ?

Elle attrape leur main…

Je veux bouger, vous m’entendez ! Laissez –moi bouger ! Hé on pourrait me répondre ou faire quelque chose là ?

Le halo de lumière s’intensifie.

Aie, fermer mes yeux, ça fait mal ! Mais je ne peux pas les fermer, je suis paralysée. Zut, que ça cesse cette comédie, j’en ai assez ! Si nous devons déménager, faisons-le et finissons-en…

Mes parents tournent la tête vers moi et me murmurent quelque chose que je ne distingue pas.

Quoi ? Qu’est-ce que vous dites, je ne comprends rien !

Le halo de lumière disparait brutalement, la porte se referme violemment.

Ah ! Tiens je peux bouger maintenant, ouf !!

Hé ben, quel merdier ! Maman, c’était qui ce type maigre au fait ?

Pas de réponse.

Je regarde autour de moi.

Je suis seule…