lundi 30 novembre 2009

La Porte (Chap. 3)

Vous le savez bien, pour être à la mode il faut faire des trilogies. Voici donc la suite et fin de cette aventure. Méfiez vous des portes, et n'ouvrez pas à n'importe qui!


Chapitre 3


J’ai 37 ans.

Je suis rongée par l’alcool.

Je n’ai plus aucun but, je ne pense à rien, je ne sors plus, sauf pour m’approvisionner. Je ne fais plus rien.

Ah si, je bois. Je bois tellement que je pourrais me noyer dans un verre d’eau.

Les journées passent, voilà c’est tout. Elles passent, passent, passent, depuis 7 ans.. 7 ans, et autant de jours, autant de nuits.

Je n’ai même pas la force de me supprimer, d’abréger celà… risible…

Quelle ironie… Car là j’aimerais bien que la forme blanche, le grand maigre, me prenne la main et m’emporte… Bien sur, ça ne fonctionne pas comme ça. Pas sur demande en tout cas, j’ai pu le constater.

Bon faisons un petit calcul : j’ai 37 ans, l’espérance de vie d’une éniripsa est de 90 ans, il me reste… un paquet de journées à boire.

Remarquez, la boisson va faire fondre ma durée probable d’existence… et c’est tant mieux.

Crever à petit feu, en ressassant leurs morts, en imaginant la vie que j’aurais pu avoir. Super programme hein…

J’ai du en faire des saletés pour mériter ça… mais dans une autre vie, parce que pour être parfaitement honnête, dans celle-là, je ne comprends pas quelle est la faute que je paye si lourdement.

Enfin voila. Bon on va peut-être pas épiloguer sur ma vie actuelle, hein, elle est tellement pathétique…

Donc maintenant, on met quoi ?... « Fin de l’histoire, merci d’avoir suivi ma vie génialement trépidante» ?

Si, j’ajoute une chose : si j’avais ne serait-ce qu’un regret à formuler, c’est l’absence d’enfants dans ma vie. 3 beaux enfants, 2 garçons et une fille, oui voila. 2 solides gaillards pour s’occuper de leur petite sœur. J’ai toujours imaginé les éclats de rire, les disputes, toute cette vie autour de moi.

« Toute cette vie autour de moi »… Voila une idée encore pathétique non ? Quand je pense que je n’ai même pas de familier…

Ah tiens ! C’est moi ou ça cogne à la porte ?

Ah oui en effet, j’ai bien l’impression que ça cogne. Comme s’il restait quelqu’un pour savoir que j’existe…

Evidemment non, donc j’ai du rêver. Enfin rêver, disons halluciner. L’alcool.

Ou pas…parce que là ça vient *vraiment* de gratter et de cogner contre la porte…

La porte s’ouvre.

C’est Elle.

Stupeur.

Il suffit donc d’y penser et elle vient ? Probablement pas, ça fait depuis 7 ans que je songe à en finir. Mais aujourd’hui plus qu’avant.

Et elle est là.

Toujours ce halot de lumière éblouissant, toujours cette forme encapuchonnée.

Oui, pas de doute, c’est bien elle. Elle que j’attends depuis 7 longues année.

Et cette fois, ça y est, elle est bien là. Et tout va finir comme ça pour moi aussi.

Je la regarde, et j’attends. Je ne sais pas ce que j’attends… Un geste, un ordre de sa part sans doute. *

Mais rien ne vient, elle ne bouge pas.

Mais bon, j’ai l’habitude, j’ai déjà vu mes parents et Thorkan faire.

Je m’avance donc vers elle. Il parait qu’on voit défiler sa vie dans ces moments-là. Hé bien, soit c’est un mythe, soit ça ne fonctionne pas pour tout le monde, car moi je ne vois rien. Ou alors n’y ai-je pas le droit…

Dite, est-ce que c’est douloureux ? Ca par contre, ça m’ennuierait, je suis douillette. M’enfin bon, ça ne peut pas durer bien longtemps, au pire, n’est-ce pas ?

Voila, tout finit comme ça. Une dernière pensée pour Thorkan, pour mes parents. Un dernier regard vers la lumière.

Je tends la main. J’avance à sa hauteur.

Elle se saisit de ma main, et je sens une décharge qui provoque une telle douleur que j’en suffoque.

Mince c’est donc douloureux !!

Alors même la fin est donc à chier ? Super…

Là ça fait toujours mal. Ca va durer combien de temps ? J’ai l’impression d’avoir mes membres totalement paralysés. J’ai mal au ventre, comme si l’on m’arrachait les entrailles.

Pitié, vite, que cela cesse… Pitié…

La forme me lâche la main. Je n’ai pas bougé de la pièce, de mon salon.

Bah alors, ça vient ? Faut –il vraiment se faire torturer ? J’ai mal au ventre… si mal…

La forme me fixe. Elle pointe son bras vers moi, puis le descend doucement, doucement, comme si elle dessinait les courbes de mon corps pour s’arrêter sur mon ventre…

Bon oui, quoi ? Pitié, pourrait –on ABREGER ????

Je n’en peux plus. Je suis à bout.

La forme remue les lèvres…

Je n’entends pas, mais je comprends pourtant.

« Un pour Un… »

Le halo de lumière disparait brutalement, la porte se referme.

Je suis toujours là, dans mon salon, évanouie, vidée de mes forces.

Je suis enceinte.


Epilogue

J’ai 76 ans.

J’ai des triplés, 2 garçons et une fille.

Ils sont là aujourd’hui, dans notre maison familiale. Ma fille est enceinte et est sur le point d’accoucher. Nous avons vécu une véritable vie de famille tous les 4, celle dont j’ai si souvent rêvée.

Si Thorkan avait pu être là…

Ma fille se met à hurler… elle se plie en deux, sous l’effet des contractions. Elle crie avoir perdu les eaux. Son mari, présent également, panique. Ca me fait sourire, pauvre futur papa^^

On cogne à la porte. Ah oui, on avait appelé un médecin, car elle avait eu des contractions un peu plus tôt ce matin.

La porte s’ouvre

Ma fille hurle derrière, il faut l’amener à l’hôpital.

Curieux, je suis la seule à avoir entendu cogner à la porte ? Enfin il est normal que tout le monde s’affère auprès de ma puce.

Un halot de lumière se forme

Ah…

Et cette fois, je comprends.

C’est bizarre, c’est maintenant que tout prend un sens à mes yeux. C’est maintenant que je comprends.

La forme.. mes parents, Thorkan..Ma fille.

Le bébé

Un pour Un.

Je lui tends la main en souriant.

1 commentaire:

Lamort-sanglante a dit…

j'adore tu écrit super bien <3

lamort-sanglante.